dimanche, 04 mai 2008

Julien Blanc-Gras - Comment devenir un dieu vivant

Ca faisait longtemps que je voulais vous faire partager ce bouquin, vraiment un bon moment de lecture, voici l'extrait qui m'a convaincue de l'acheter :
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La parabole du morse
 
Le mot morse vient du lapon morj, qui signifie morse.
Le morse (Odobenus rosmarus) est un mammifère marin des régions arctiques, dont le mâle porte d'énormes canines supérieures. De l'ordre des pinipèdes (comme l'otarie, par exemple), il est doté de belles moustaches qui font des jaloux. C'est un gros lourdaud frisant la tonne pour une taille avoisinant les trois mètres. Le morse ne répond pas souvent au nom de veau marin, peut-être parce qu'il est susceptible. Dans l'eau, sa vitesse peut atteindre les 210 km/h, si vous n'arrêtez pas de croire tout ce qu'on vous dit. Ses principaux prédateurs sont l'ours polaire et l'homme (qui aime l'ivoire de ses défenses et sa peau, qu'on tanne pour faire l'amour devant la cheminée de l'igloo). Parfois donc, un ours polaire sème la panique dans le troupeau. Il s'approche discrètement du tas de morses lymphatiquement vautrés sur la banquise. D'un coup de griffe habile et fulgurant, il s'empare d'un petit qui sera éviscéré dans d'atroces souffrances sous le regard de sa mère. On ne sait pas exactement quel sentiment l'étreint à ce moment parce qu'on est pas sûr que les animaux aient des sentiments, et les morses sont des animaux. Ca c'est indéniable.
Le morse évolue dans un milieu tantôt nourricier, tantôt hostile. Ses comportements sont parfois illisibles. Je me souviens d'un documentaire vertigineux sur l'attitude de la bête lors de sa migration annuelle. La colonie se réunit sur un petit îlot rocheux pour prendre un peu de repos, car la route est longue. Tout est bien, le calme règne. Pas d'ours à l'horizon. Un morse hardi entreprend d'escalader de sa démarche grotesque le petit monticule chapeautant l'îlot. Poussés par l'instinct grégaire ou le besoin de faire les intéressants devant les filles, les autres le suivent. Arrivé au sommet (au bout d'une heure pour quelques dizaines de mètres de randonnée), le premier morse descend la pente de l'autre versant en faisant rouler sa grosse carcasse à la manière de Laura Ingalls dans le générique de La Petite Maison dans la Prairie. C'est drôle, mais seulement pendant dix secondes. Car au bout de la pente se trouve une falaise. Pas très haute, environ sept ou huit mètres. Suffisant pour se faire très mal. Notre ami le morse s'écrase en bas comme un vieux flan, suivi par tous ses camarades qui n'ont rien de mieux à foutre que de rouler vers un précipice. Après quelques heures, on se retrouve donc avec un bon tas de morses mortellement blessés, poussant des cris terrifiants, et incapables de remuer leurs quintaux de patapoufs. C'est désespérant. Car le morse, par son allure débonnaire, a su attirer notre sympathie.
Mais enfin pourquoi ? Les scientifiques ne se l'expliquent pas. Le morse est-il mu par un instinct de sacrifice utile à la globalité de l'espèce (comme le lemming) ou bien est-il particulièrement con (comme la poule) ? Mystère.
 
L'analogie anthropomorphique est tentante. Comme chacun sait, les suicides collectifs à grande échelle sont le principal hobby des sectes apocalyptiques. Allez les gars, on s'allonge par terre en étoile, Bobby va chercher le jerrican et on se fait un barbecue pour aller rejoindre les extra-terrestres, une fois que vous m'avez donné vos coordonnées bancaires.
Mais le plus souvent, le suicide, c'est une apocalypse individuelle. Et c'est un luxe de riche. Il faut avoir le temps de réfléchir et de s'ennuyer. Quand on passe sa vie à survivre, on ne se rend pas compte qu'elle est absurde.
Regardez l'Afrique. Je me souviens du comptoir de mon bistrot à une heure avancée de l'apéro. Mon voisin, un Togolais hilare et passablement ivre, m'abreuvait de ses considérations sur le continent noir : "L'Africain, il se suicide pas, mon frère. Enfin, ça peut arriver, mais alors il en faut beaucoup." Bien.
Regardez les Finlandais. Ils sont grands, beaux, ils ont un système social formidable, le meilleur taux de connexion internet du monde, ils ont même le Père Noël. Ca ne les empêche pas de se suicider à tour de bras.
Tout ça pour dire qu'on est des sacrés morses.
Nous savons que nous courons vers le précipice et nous courons quand même.
Goo goo goo joob. 

lundi, 23 juillet 2007

Carlos Ruiz Zafon - L'ombre du vent

" Le monde aurait besoin de plus de gens vraiment méchants et de moins de simples crétins "

- On n'a pas le droit de faire ça, non monsieur ! commenta Merceditas plantée sur le seuil de la librairie, loin des mains de Fermin. Le pauvret, lui qui est bon comme le pain blanc et qui ne se mêle jamais des affaires des autres. Et si ça lui plaît de s'habiller en pharaone et d'aller pousser la chansonnette ? Qui ça gêne ? Les gens sont vraiment méchants.

M. Anacleto se taisait, les yeux baissés.

- Méchants, non, rectifia Fermin. Imbéciles, ce qui n'est pas la même chose. La méchanceté suppose une détermination morale, une intention et une certaine réflexion. L'imbécile, ou la brute, ne s'attarde pas à réfléchir ou à raisonner. Il agit par instinct, comme un boeuf de labour, convaincu qu'il fait le bien, qu'il a toujours raison, et fier d'emmerder, sauf votre respect, tout ce qu'il voit différer de lui, que ce soit par la couleur, la croyance, la langue, la nationalité ou, comme dans le cas de M. Federico, la manière de se distraire. En fait, le monde aurait besoin de plus de gens vraiment méchants et de moins de simples crétins... 

 

" Le destin attend toujours au coin de la rue " 

- Ecoutez, Daniel. Le destin attend toujours au coin de la rue. Comme un voyou, une pute ou un vendeur de loterie : ses trois incarnations favorites. Mais il ne vient pas vous démarcher à domicile. Il faut aller à sa rencontre. 

 

" Mère Nature est une grande putain " 

J'observai le groupe de déchets humains qui gisaient là et leur souris. Leur simple vue me suggéra que l'on pourrait s'en servir pour faire la propagande du vide moral de l'univers et de la brutalité mécanique avec laquelle celui-ci détruisait les pièces devenues inutiles. Fermin parut lire ces pensées profondes, car il hocha gravement la tête.

- Mère Nature est une grande putain, voilà la triste vérité, dit-il. 

 

>>> Fermin, un personnage que j'adore, à la fois ancré au monde mais portant un regard distant et plein de philosophie sur celui-ci. Un homme qui dépasse les apparences, qui analyse sans juger, toujours en même temps dans l'exagération et dans la justesse. Un homme fantasque. Un homme bien.

lundi, 12 mars 2007

Stefan Zweig - 24h de la vie d'une femme

medium_24h_de_la_vie_d_une_femme.jpgJe vous laisse savourer un extrait de ce livre magnifique alliant la puissance de l'écriture à la puissance des sentiments.

"Ce qui alors me fit tant de mal, c'était la déception... la déception... que ce jeune homme fût parti si docilement... sans aucune tentative pour me garder, pour rester auprès de moi... qu'il eût obéi humblement et respectueusement à ma première demande l'invitant à s'en aller, au lieu... au lieu d'essayer de me tirer violemment à lui... qu'il me vénérât uniquement comme une sainte apparue sur son chemin... et qu'il... qu'il ne sentît pas que j'étais une femme.

Ce fut pour moi une déception... une déception que je ne m'avouai pas, ni alors ni plus tard ; mais le sentiment d'une femme sait tout, sans paroles et sans conscience précise. Car... maintenant je ne m'abuse plus..., si cet homme m'avait alors saisie, s'il m'avait demandé de le suivre, je serais allée avec lui jusqu'au bout du monde ; j'aurais déshonoré mon nom et celui de mes enfants... Indifférente aux discours des gens et à la raison intérieure, je me serais enfuie avec lui, comme cette Mme Henriette avec le jeune Français que, la veille, elle ne connaissait pas encore... Je n'aurais pas demandé ni où j'allais, ni pour combien de temps ; je n'aurais pas jeté un seul regard derrière moi, sur ma vie passée... J'aurais sacrifié à cet homme mon argent, mon nom, ma fortune, mon honneur... Je serais allée mendier, et probablement il n'y a pas de bassesse au monde à laquelle il ne m'eût amenée à consentir. J'aurais rejeté tout ce que dans la société on nomme pudeur et réserve ; si seulement il s'était avancé vers moi, en disant une parole ou en faisant un seul pas, s'il avait tenté de me prendre, à cette seconde j'étais perdue et liée à lui pour toujours.

Mais... je vous l'ai déjà dit... cet être singulier ne jeta plus un regard sur moi, sur la femme que j'étais... Et combien je brûlais de m'abandonner, de m'abandonner toute, je ne le sentis que lorsque je fus seule avec moi-même, lorsque la passion qui, un instant auparavant, exaltait encore son visage illuminé et presque séraphique, fut retombée obscurément dans mon être et se mit à palpiter dans le vide d'une poitrine délaissée."

samedi, 24 février 2007

Jacques le fataliste

medium_jacques_le_fataliste.jpgExtraits

"Tous les jours on couche avec des femmes qu'on n'aime pas, mais on ne couche pas avec les femmes qu'on aime."

"On ne pouvait pas dire qu'elle eût des moeurs ; et l'on avouait qu'il était difficile de trouver une plus honnête créature. Son curé la voyait rarement au pied des autels ; mais en tout temps il trouvait sa bourse ouverte pour les pauvres. Elle disait plaisamment de la religion et des lois, que c'était une paire de béquilles qu'il ne fallait pas ôter à ceux qui avaient les jambes faibles."

"LE MAITRE. - Mais il me semble que je sens au-dedans de moi-même que je suis libre, comme je sens que je pense.       

JACQUES. - Mon capitaine disait : "Oui, à présent vous ne voulez rien, mais veuillez vous précipiter de votre cheval ?"        

LE MAITRE. - Eh bien ! je me précipiterai.                                                                                                                                        

JACQUES. - Gaiement, sans répugnance, sans effort, comme lorsqu'il vous plaît d'en descendre à la porte d'une auberge ? 

LE MAITRE. - Pas tout à fait ; mais qu'importe, pourvu que je me précipite, et que je prouve que je suis libre ?                  

JACQUES. - Mon capitaine disait : "Quoi ! vous ne voyez pas que sans ma contradiction il ne vous serait jamais venu en fantaisie de vous rompre le cou ? C'est donc moi qui vous prends par le pied, et qui vous jette hors de selle. Si votre chute prouve quelque chose, ce n'est donc pas que vous soyez libre, mais que vous êtes fou." Mon capitaine disait encore que la jouissance d'une liberté qui pourrait s'exercer sans motif serait le vrai caractère d'un maniaque."

mardi, 05 septembre 2006

Mon monde de livres

Ca c'est mon grand monde, mes livres. Que dis-je mes livres, les livres ! C'est une chose qu'on ne possède jamais réellement, même quand ils sont bien tranquilles dans une étagère poussiéreuse. Ils demeurent la propriété de tous, ou au choix, la propriété de personne.

Donc où en étais-je ? Ah oui... mon monde de livres ! Quel plus vaste monde de mots qu'un monde de livres ! Ca doit être pour ça que ça me plaît autant. J'aime les mots.

Je ne lis pas toujours autant que je le voudrais, surtout durant l'année scolaire qui accorde plus de place aux lectures obligatoires au détriment des lectures personnelles. Enfin, les vacances me permettent souvent de rattraper le temps perdu, de même que mes quelques courtes nuits passées à bouquiner ! Oui je sais il faut être fou pour lire jusqu'à 3h du matin, mais quand on aime, on ne compte pas n'est-ce pas ?

Vous découvrirez ici mes lectures, mes mots sur mes lectures, mes mots sur mon monde de livres. Là encore ne cherchez pas de références précises, de citations, de biographies d'auteurs. Vous ne trouverez que ma subjectivité. 

Bienvenue dans mon monde de livres !